C'est avec l'aimable autorisation de Madame Elisabeth VAUTIER, que nous publions ici, l'avant-propos de l'ouvrage : Variations sur le temps - penser le temps dans le monde arabe - qui nous l'espérons vous donnera l'envie d'en savoir plus ....
La problématique du temps est au centre de l'expérience humaine, car c'est par la temporalité
que l'homme saisit la variation du monde. Mais le temps n'est pas un et se dérobe à une
définition globale qui en cernerait les contours une fois pour toutes. Comme toutes les
grandes notions qui caractérisent l'existence humaine, cette catégorie s'impose comme une
évidence mais se refuse à entrer dans des limites figées. Elle constitue le cadre dans lequel
s’inscrivent l'expérience humaine et la langue, en tant qu'expression de cette même
expérience, la porte en elle comme un élément essentiel pour penser et dire le monde qui
l'entoure. Il est impossible de parler et dire la vie sans faire référence au temps que la langue
permet de conceptualiser et de poser comme un objet extérieur, inscrivant la temporalité dans
sa propre structuration. A travers elle, se déploient les différentes manifestations du temps que
l'on peut rattacher à des champs d'investigation divers : linguistique, social, narratif,
psychologique, etc.
L'ouvrage présenté ici ne peut bien sûr aborder tous les domaines qui touchent au temps. Il s'inscrit néanmoins dans une vision pluridisciplinaire de la temporalité pour en faire ressortir des aspects variés qui esquissent les contours toujours fuyants du temps. Les différentes contributions qu'il recense ont été réunies autour d'une aire géographique commune, le monde arabe, et d'une langue, l'arabe. Elles abordent la question de la temporalité selon des perspectives différentes qui font souvent apparaître des croisements et permettent de dégager des lignes de force qui structurent la perception du temps et son expression linguistique dans le monde arabe actuel.
Cet ouvrage rassemble les communications portant sur le monde arabe présentées lors du
Colloque international intitulé Variations sur le temps. D'une langue à l'autre : quelle
temporalité? qui s'est tenu les 1er et 2 décembre 2000 à l'Université de Nantes. Deux articles
supplémentaires sont venus étoffer la réflexion engagée et ouvrir l'horizon d'analyse.
Le livre est organisé autour de trois axes : linguistique, littéraire et civilisationnel. Ainsi, dans
un premier temps, Pierre-Louis Reymond (Temps, aspect et participe en arabe) s'interroge sur
la temporalité dans le participe à la fois en arabe littéral et en arabe dialectal, tandis que Fayza
El Qasem (Le temps dans les textes juridiques en arabe) analyse les marques temporelles
présentes dans les textes juridiques, et l'usage qui y est fait de la conjugaison arabe. Le
chapitre suivant (Entre accompli et inaccompli : stratégies pour une mise en scène de la
narration) assure la transition avec l'axe littéraire en mettant l'accent sur la relation
qu'entretient la temporalité verbale avec les projets narratifs qui animent le roman arabe dans
la deuxième moitié du XXe siècle. Les deux chapitres suivants poursuivent la réflexion en
montrant comment la question du temps anime l'écriture romanesque moderne, mettant en
relief les convergences et les particularités de chacun des auteurs abordés. Ainsi, Abdellatif
Ghouirgate (L'expression du temps dans Le jeu de l'oubli de M. Berrada) fait ressortir le rôle
fondateur que joue le temps dans la structuration du récit dans Le jeu de l'oubli du marocain
Mohammed Barrada. Najeh Jegham (Le temps paradoxal dans le roman arabe : E. al-
Kharrat et H. Haydar), pour sa part, interroge deux romans d'auteurs du Proche-Orient. Le
dernier chapitre s'inscrit dans l'orientation civilisationnelle et Safaa Monqid (Femmes et ville :
les modes d'appropriation des espaces et des temps sociaux à Rabat) y analyse la répartition
des activités entre hommes et femmes dans le temps et l'espace de la ville arabe.
E. Vauthier