Apprendre l'Arabe avec Al-Manhaj
PARTIE 05
Vu l'ampleur de son œuvre bachique, Al-Akhtal apparaît comme le successeur de Al-A'sha (poète précurseur dans ce domaine. L'éloge du vin dans la poésie est désigné en arabe par le terme khamriyyât - la racine étant khamr qui signifie vin). Bien que s'insérant dans la qasîda, la poésie bachique prend de plus en plus d'importance avec Al-Akhtal. En effet, la variété des thèmes (de la préparation du vin à ses effets), la diversité des descriptions et les comparaisons sollicitées forment un thème à part entière, constitué par un lexique et des images bien définies.
Comme Al-Nâbigha qui présidait une sorte de jury littéraire et jugeait les poètes, sa poésie conserve de nombreux traits du bachisme bédouin traditionnel, auxquels s'ajoute un nouveau trait d'inspiration, qui se développe à cette époque en Iraq (à Kûfa particulièrement, qui se voulait l'héritière d'Al-Hîra). Il s'agit de procédés stylistiques qu'on qualifiera plus tard de " nuwâssiens" (du nom du poète abbasside Abû nuwâs).
Un autre aspect, d'ordre plutôt socio-politique, nous amène à reconsidérer l'œuvre bachique d'Al-Akhtal dans le contexte de l'Islam du premier siècle. En effet, le vin est prohibé dans cette société à la quelle Al-Akhtal semble n'adhérer qu'avec parcimonie. La composition d'une khamriyya ne dépend plus alors uniquement d'un choix littéraire, mais devient plutôt un engagement. Pourtant, Al-Akhtal, proche des Omeyyades, a composé de nombreuses khamriyyât sans être inquiété, ce qui peut sembler paradoxal.