Apprendre l'Arabe avec Al-Manhaj
PARTIE 01
La période coranique et l'Islam
De l'influence du Coran sur la vie littéraire.
La littérature arabe concerne tous les écrits (en prose ou en vers) rédigés en langue arabe. Cela ne comprend pas les œuvres écrites avec l'alphabet arabe utilisé pour transcrire une autre langue comme c'est le cas avec le persan ou l'ourdou. Le terme arabe utilisé pour désigner la littérature est adab , terme polysémique signifiant à la fois "inviter quelqu'un à un repas" mais aussi politesse, courtoisie, culture en général et bonne éducation. La littérature arabe a émergé au VIe siècle. Les témoignages antérieurs ne constituent que des fragments de langue écrite. C'est le Coran au VIIe siècle qui a eu l'influence la plus durable sur la culture arabe et sur sa littérature.
Le Coran a été la première œuvre majeure et la plus influente de la littérature arabe. Il constitue le socle sur lequel allait être bâtie l'une des civilisations les plus brillantes du monde. Le Coran a eu une influence considérable sur la langue arabe. La langue utilisée dans le Coran a donné naissance à ce que l'on appelle aujourd'hui "l'arabe classique" socle fondamental incontournable qui détermine de nos jours l'évolution de la langue. En effet, la langue arabe, langue de la révélation a acquis " automatiquement " le caractère sacré du texte qu'elle véhicule. En tant que langue sacrée elle est censée être -tout comme le logo divin- a-temporelle, immuable, inaltérable... L'arabe moderne pourtant marque une évolution évidente par rapport à la langue liturgique. Pourtant, officiellement, dans l'ensemble des pays arabes, il n'en est pas question et ce sujet reste tabou (voir nos articles à ce sujet.
Non seulement le Coran est la première œuvre de longueur significative écrite en arabe, mais il présente également une structure bien plus complexe que les travaux littéraires précédents avec son organisation en 114 sourates (chapitres) qui contiennent 6536 ayats (versets). Il présente de nombreuses figures littéraires : injonctions, narrations, homélies, paraboles ainsi que des instructions et même des commentaires sur le Coran lui-même et la manière dont il sera reçu et compris. Paradoxalement, il est également autant admiré pour ses multiples métaphores complexes que pour la clarté de son texte, une caractéristique qu'il mentionne lui-même dans la sourate 16:103.
Bien qu'il contienne des éléments à la fois de prose et de poésie (ce genre littéraire s'appelle saj' ou prose rythmique et rimée), le Coran est considéré comme une œuvre unique et singulière qui n'entre pas dans ces classifications littéraires. Le texte est perçu comme une révélation divine et il est considéré comme éternel et incréé. Cette approche particulière a conduit à l'apparition de la doctrine du i'jâz ou "inimitabilité du Coran", qui affirme que personne ne peut copier son style littéraire ni même ne doit essayer. En proscrivant les écrits d'inspiration coranique, cette doctrine du i'jaz a peut-être un peu limité l'impact du Coran sur la littérature arabe. Le Coran lui-même critique les poètes dans sa 26ème sourate, appelée "Ash-Shu'ara" ou "Les Poètes":
"Et quant aux poètes, ce sont les égarés qui les suivent." 16:224
Ceci a probablement exercé une pression sur les poètes pré-islamiques du VIe siècle, dont la popularité parmi le peuple les mettait en concurrence avec le Coran. En effet, on constate par la suite une baisse significative de l'activité poétique et du nombre de poètes dignes de ce nom jusqu'au VIIIe siècle. Une exception notable est cependant à relever, il s'agit d'Hassan ibn Thabit seul autorisé à composer des poèmes à la gloire de Muhammad et fut connu comme le " poète prophète ".