| |
 |
Langue et culture arabes Enseignement, Langue, débats, Histoire et culture arabes : le Forum différent
|
| Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
| Auteur |
Message |
Administrateur Administrateur - Site Admin
Inscrit le: 18 Fév 2006 Messages: 78
|
Posté le: Vendredi 08 Décembre 2006 18:42 Sujet du message: Elaborer une méthode d'arabe dialectal originale |
|
|
POURQUOI PAS UNE METHODE EN LANGUE INTERMEDIAIRE ?
Citoyen espagnol d'origine marocaine, je suis linguiste et chercheur collaborant notamment à des travaux de recherche en dialectologie couvrant les aires linguistiques du Maghreb et du Moyen-Orient. J’ai découvert votre site par l’entremise du réseau d’écoles de langues de Tarragone qui ont commandé votre ouvrage Al-Manhaj. Je dispense moi-même des cours d'arabe à des étudiants en niveaux débutant et intermédiaire.
Mais là n'est pas le but de mon propos. Sans doute vous n’ignorez pas que l’Espagne, réconciliée avec son histoire, encourage et finance des recherches sur son héritage arabo-andalous. L’un de mes champs de recherche concerne justement les influences possibles de la langue d’Al-Andalus sur les dialectes maghrébins après la reconquête.
Mon hypothèse de travail actuelle, encore embryonnaire, stipule que cet héritage linguistique a engendré une langue forcément intermédiaire, entre l’arabe « importé » d’Andalousie et les parler maghrébins locaux. Mais cette langue intermédiaire -si jamais elle a existé -, par quelles structures était-elle régie ? C’est pourquoi j'attends depuis le début votre méthode de dialecte maghrébin, directement dérivée d’une méthode littérale pure. J’espère y trouver une réponse même partielle au processus et aux mécanismes linguistiques qui permettent le glissement naturel du registre canonique et structuré de l’arabe littéral vers une expression orale courante…
J’avoue être à la fois intrigué et intéressé par votre démarche et vos choix : subordonner l'apprentissage de l'arabe dialectal à celui d'une formation même minimale en littéral. Si j'ai bien compris, Al-Manhaj dialectal ne serait qu'un complément -surtout au niveau de la pratique de l'oral - pour pouvoir prétendre à une compétence communicative complète (je reprend, de tête vos propres termes). C'est là une démarche singulière et j'attend votre ouvrage pour pouvoir juger du résultat.
Pour ma part, et en tant que chercheur, mais non concepteur de méthodes pédagogiques – c’est un métier à part entière - je penche pour une autre démarche qui pourrait s'avérer encore plus "productive" au niveau de l'élaboration de méthodes pédagogiques. Je me base sur un phénomène très intéressant évoqué plus haut, que vous effleurez d'ailleurs dans l'une de vos rubriques : celui de l'Arabe "intermédiaire", cette fantastique mutation du langage contemporain qui permet sur les médias modernes (chaînes satellitaires) à des citoyens aux quatre coins du monde arabo-musulman de débattre en direct de sujets pointus, chacun usant d'un registre de langue qui lui appartient en propre.
Le champs de recherche couvrant cette « langue intermédiaire » me semble encore très mal exploré, d’ou mon intérêt pour le sujet.
Ma question : pourquoi aucun concepteur de méthode en arabe n'a songé encore à élaborer un ouvrage construit à partir de "matériaux linguistiques" puisés dans l'immense vivier des médias modernes ? Notamment pour résoudre ce problème de la communication orale. Cela éviterait de faire une méthode gigogne ; une méthode en arabe littéral "pur" prolongée par une autre pour découvrir la face dialectale.
Je m’excuse si mon message est un peu long, en espérant trouver auprès de vous, ou de collègues quelques éléments de réponse à ce débat qui me passionne vous l’aurez compris. |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
Administrateur Administrateur - Site Admin
Inscrit le: 18 Fév 2006 Messages: 78
|
Posté le: Vendredi 08 Décembre 2006 18:44 Sujet du message: difficultés d'une méthode en langue arabe intermédiaire |
|
|
Votre message a hautement intéressé tous les membres de l'équipe pédagogique DILAP parce qu'il soulève des questions fondamentales pour l'Arabe d'aujourd’hui et notamment en ce qui concerne le volet communication.
Avant tout, une mention spéciale concernant votre passionnant sujet de recherches sur les influences croisées entre l’Arabe andalous et le dialecte maghrébin.
"les infiltrations" de l'arabe arabo-hispanique ou andalous et ses influences sur le maghrébin après la reconquête sont avérées et vérifiables. Nous irons même plus loin en citant la probable influence du berbère sur l’arabe andalous après la mise en coupe réglée de l'Espagne par les maghrébins Almohades et Almoravides (al murâbitûn wal- muwahhidûn), lorsque l'Espagne musulmane, morcelée en "tayfas" (tawâif) n'était plus que « luxure » et « mélanges ethniques » insupportables pour l’Islam rigoriste maghrébin de l'époque. Beau sujet et belle épopée....
La langue intermédiaire est en effet très présente dans les chants andalous qui nous sont parvenus.. Des chercheurs ont même exhumé des qasida où le Khlass final était un mélange invraisemblable d'Arabe et d'Espagnol. Bien entendu, les khlass qui nous sont parvenus ont été expurgés de leur part de "langue impure".
Revenons à notre propos : pourquoi pas une méthode dans une langue intermédiaire ?
Nous allons illustrer notre propos par référence à une expérience - à l'époque inédite - qui avait été menée il y a quelques décennies pour l'enseignement du Français Langue Etrangère (ex-FLE, puisque la dénomination a changé en France depuis peu). Pour nos visiteurs-lecteurs non-initiés, disons très succinctement qu'à l'époque, il s'agissait, pour enseigner le Français en tant que "langue étrangère" à des non francophones, d'élaborer des méthodes en phase avec le temps et à partir non pas d'un Français pris dans l'absolu, mais de ce "qui se dit réellement par les Français au quotidien". Ceci dans une approche communicative, bien entendu. Il fallait donc disposer d'un corpus langagier qui représente le plus largement possible ce qui se dit et se fait au quotidien , tant à l'oral qu'à l'écrit, en toute situation réelle, partout en France et dans le monde francophone, dans toutes les couches sociales....
On avait procédé alors à un nombre considérable d'enregistrements en "live", qu'on avait soumis à de strictes et savantes analyses afin de dégager "la matière première brute" devant servir aux concepteurs de méthodes.
Vaste et intéressant travail nécessitant d'énormes moyens matériels, humains et intellectuels mené brillamment par les principaux acteurs de l'époque et qui a aboutit à ce précieux matériau appelé le Français fondamental.
Qu'en est-il pour l'Arabe ?
Premièrement, même pour l'Arabe littéral et même avec les immenses moyens financiers dont dispose le monde Arabe, nous (intellectuels arabophones) n'avons jamais fait ce type de travail. Nos chercheurs (dont vous faites partie) sont le plus souvent condamnés à des supputations ou des hypothèses très difficiles à vérifier pour circonscrire les contours de plus en plus flous de ce que l'on appelle l'Arabe littéral moderne. Alors qu'ils sont censés avoir une démarche "scientifique" dans toutes leurs approches des phénomènes langagiers. (Ce n'est pas une critique qui vous ai adressée, au contraire nous vous remercions pour votre confiance et de nous permettre d'ouvrir ce débat), c'est hélas un fait reconnu par les plus éminents des chercheurs "arabisants".
Pour l'Arabe dialectal -vous êtes dialectologue- nous ne nous attarderons pas plus, tant les problèmes aussi bien au niveau de la recherche universitaire que de l'extraordinaire complexité du phénomène linguistique lui-même sont inversement proportionnels aux besoins réels ainsi qu'aux moyens matériels dont les chercheurs disposent.
Deuxièmement et là, vous n'allez peut être pas partager notre avis à propos de la "langue intermédiaire" :
- a) Pour nous ce phénomène bien réel nous fascine autant que vous : par quel miracle linguistique, sur une chaîne comme Al-Jazira, un animateur, contraint de par ses fonctions, parlant dans un Arabe littéral « pur » (pour reprendre vos termes) arrive-t-il à animer un débat en direct (avec la part d'émotion et des interférences langagières que cela entraîne inévitablement), avec un plateau de personnalités arabes issues de pays différents mais surtout des intervenants extérieurs, aux quatre coins du monde arabo-musulman, chacun avec sa "partition linguistique personnelle" ?
Et surtout, comment le public arabophone hétérogène que nous sommes arrive à suivre le débat au point de vouloir y participer ?
- b) Selon nous, cette langue intermédiaire qui doit son pouvoir de fascination aux médias modernes, reste plus un sujet d'étude, d'observation, bref une affaire à suivre, à développer...
Il faudra beaucoup de temps, de travail, d'enregistrements, de "tris" dans les matériaux avant d'arriver à un corpus sérieux dans ce domaine. D'où l'intérêt exceptionnel soulevé par votre lettre auprès de notre équipe pédagogique qui vous l'aurez compris ne peut prendre en charge un si vaste chantier .
c) - En l'état des choses, nous considérons que la langue intermédiaire est encore un phénomène trop fluctuant, trop incertain, dépendant de la personnalité de chacun (pour parler des gens lettrés en Arabe) ; nous n'avons pas de corpus solide à ce niveau pour pouvoir proposer des méthodes sérieuses en partant de ce registre de langage encore si instable... Nous sommes loin de l'expérience du Français fondamental.
Et nous refusons de faire à la va-vite des méthodes basées sur un domaine non encore maîtrisé, complexe pour aboutir à une langue que personne ne parle dans la réalité en imposant aux gens qui participent aux enregistrements sonores de parler dans une langue artificielle où ils ne se retrouvent pas.
Enfin, pour notre ouvrage Al Manhaj dialectal, nous avons choisi cette démarche -très originale- qui nous a permis de résoudre le problème redoutable que vous soulevez. Pour nos apprenants qui suivent notre méthode et surtout nos conseils, nous ne proposons pas une langue « clé en mains » "introuvable" et forcément artificielle, nous préférons leur donner les moyens d'accéder de manière autonome aux deux registres de langue, de réfléchir. A eux de trouver, de "sentir", la manière de parler face à leurs interlocuteurs, de construire en fait leur propre stratégie communicative , de faire en somme comme les arabophones natifs, quand ils sont en face de compatriotes issus d'autres pays que le leur. Cela nous semble beaucoup plus honnête intellectuellement et beaucoup plus formateur.
Merci pour votre contribution, elle a permis à toute notre équipe de faire le point sur des questions essentielles. |
|
| Revenir en haut de page |
|
 |
|
|
Vous pouvez poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum
|
|
| | |