midad 25 - décembre 2004 - Mahfoud BOUDAAKKAR
L’i‘râb : quelle stratégie pédagogique ?
PARTIE 08
La langue arabe, dans sa forme classique, est une langue à flexion, mais sa
syntaxe n’est pas purement casuelle, elle est également positionnelle.
L’arabe
dit « moderne », langue de communication, avec l’appui puissant des médias modernes internationaux, se caractérise essentiellement par l’écart croissant
avec la langue « classique », aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.
Les marques casuelles
sont résiduelles et ne jouent plus un rôle essentiel dans la syntaxe de la
phrase, qui tend à être presque exclusivement positionnelle. On peut dire qu’en
gros, les marques casuelles sont redondantes. De ce point de vue, l’évolution
langue standard classique - langue standard moderne est parallèle à celle qui
a produit les dialectes arabes y compris dans leur état ancien. Cette question,
rarement reconnue dans le monde arabe, dépasse largement le cadre de
l’enseignement, auquel nous nous limiterons ici.
L’ enseignement de l’arabe dans
le secondaire en France vise
essentiellement l’acquisition de
compétences en arabe moderne, registre
immédiatement accessible et fonctionnel
pour nos élèves. L’enseignement d’une
langue en constante évolution exige
des méthodes d’enseignement adaptées
et entraîne nécessairement l’abandon
des stratégies anciennes, largement
pratiquées encore dans les pays arabes où
les enjeux, il est vrai, sont différents.
Les programmes d’enseignement de
l’arabe LV1 énumèrent ce qui doit être
vu en matière d’i‘râb.
– En classe de sixième, « la déclinaison
à trois flexions casuelles : cas sujet, cas
direct, cas indirect » ainsi que « la déclinaison
de ’abû et ’akhû » font partie des
compétences grammaticales passives que
doivent acquérir les élèves.
– Logiquement nous retrouvons en
compétence active pour le cycle central
ces mêmes notions, auxquelles s’ajoute
la déclinaison des pluriels externes ; en
compétence passive, on voit la déclinaison
des diptotes, que nous retrouvons en
compétence active en troisième.
En LV2, la déclinaison à trois flexions
casuelles (cas sujet, cas direct, cas indirect),
la déclinaison de ’abû et ’akhû et
la déclinaison des pluriels externes font
partie des compétences grammaticales
passives en quatrième, et deviennent
compétences actives en troisième.
La
déclinaison des noms à dernière radicale
/w/ ou /y/ aux deux genres, aux
trois nombres, indéfinis et définis, et la
déclinaison des diptotes devant être vus
en compétence passive uniquement.
On ne traitera ici que de l’i‘râb comme
flexion des noms (déclinaison), à l’exclusion
de l’i‘râb des verbes qui pose
d’ailleurs des problèmes de même nature
(réalisation de la voyelle d’i‘râb devant
un pronom suffixe..).
La frontière entre les deux états de la
langue – classique et moderne – est
floue, fluctuante et de nombreux classicismes
survivent et peuvent surgir dans
un discours (écrit ou oral) contemporain.