La cinéaste : Rakhshan Bani Etemad- Téhéran - 1954

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rakhsan bani etemad

 

 

E étudiante de l'école des Beaux-Arts de Téhéran, Rakhshan Bani-Etemad devient scripte et assistante réalisatrice pour l'IRIB (télévision de la République Islamiste). Elle réalise ensui­te une série de courts métrages documentaires avant de signer, en 1988, Off limits, son premier long métrage, une satire des incohérences de la bureaucratie. A 48 ans, elle est la réali­satrice iranienne la plus intéressante du moment. Emblème de la féminisation de la profession après la Révolution, elle a affronté les tabous les plus solides de la République islamiste tout en explorant les genres les plus variés. Ses films abordent en effet avec courage et lucidité de nom­breux thèmes sociaux.
"Mon profond intérêt pour le cinéma du réel, le documentaire, est à mettre en parallèle avec le regard que je porte sur le cinéma et l'art, déclare-t-elle. Dans une société comme celle de l'Iran, le public est confronté à de multiples difficultés d'ordre culturelle, économique, sociologique. La fonction du cinéma est alors à mon sens, de refléter l'ensemble de ces problèmes. Ce style per­met d'informer les spectateurs. C'est, je le pense, la meilleure façon d'agir".
En 1989, elle met en scène Jaune Canari (89), une comédie dans laquelle un jeune couple ruiné s'exile dans la capitale Téhéran et s'y voit confronté à la corruption, au vol, à la drogue et à la tra­hison. L'année suivante, Les devises étrangères, conte l'histoire d'un fonctionnaire découvrant les ficelles du marché noir, la dissimulation et l'avidité.
Avec Nargess (92), elle bouscule à la fois les interdits concernant la représentation des femmes et ceux qui encadrent le sujet. Elle crée le personnage ambigu d'Afaq, femme d'un certain âge, droguée et receleuse, éperdument amoureuse d'un jeune homme qu'elle entretient grâce à son remariage avec lui, avant de lui sacrifier son propre amour et son honneur. Dans Le Foulard Bleu, en 1995, Rakhshan Bani-Etemad récidive, traitant les méandres de relations amoureuses habi­tuellement non traités dans le cinéma iranien. Dénonçant le poids de la tradition, des conven­tions sociales et familiales qui rendent impossibles une relation amoureuse entre un homme et une femme de condition sociale différente, elle montre un mariage temporel (mariage religieux discret permettant de vivre légalement sous la loi islamique, mais sans reconnaissance sociale), comme seule issue pour ces amoureux.
Rakhshan Bani-Etemad, forte de sa place respectable dans le monde du cinéma estime pourtant que cette situation n'est pas le fruit d'une revendication féministe : "Je ne sais pas ce que c'est qu'un cinéma féminin et j'ai toujours refusé de prendre part à un festival de cinéma féminin".
Elle rappelle que, confrontées à la tradition, les femmes doivent faire face à de multiples problè­mes. Mais néanmoins, dans certains secteurs professionnels, qu'ils soient scientifiques, culturels ou artistiques elles assument des responsabilités de haut niveau. Elles sont largement majoritai­res chez les étudiants (60 % contre 40) et dans l'univers du cinéma, elles sont présentes à tous les niveaux et dans toutes les branches. "Une étude de Debra Zimmerman indique que la repré­sentation professionnelle des femmes y est la même qu'aux Etats-Unis, soit la plus importante du monde !". Aujourd'hui, fière de sa carrière professionnelle et de son intégrité, elle regrette néanmoins "de n'avoir pas réalisé certains films. Pas pour moi même, mais pour tout le cinéma iranien. Je crois que ces dernières années, nous autres réalisateurs n'avons pas su être assez en phase avec les aspirations du public et du monde iranien. Nous n'avons pas su accompagner les velléités profondes de réformes".

 

 
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