Le cinéaste : Abbas Kiarostami - Téhéran - 1940

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abbas kiarostami

 

 

Les premières disciplines artistiques auxquelles s'intéresse Abbas Kiarostami sont la peinture et le dessin. Il suivra, tout en travaillant comme employé de bureau de la police des routes, les cours de la faculté des Beaux-Arts de Téhéran. C'est via une activité de graphiste et d'affichiste qu'il s'introduit dans le monde du cinéma... publicitaire. De 1960 à 1969, il réalise plus de 150 films promotionnels avant de passer aux génériques de films de fiction, dont celui du fameux Gheyssar de Massoud Kimaï.
A cette date, par l'intermédiaire de Firuz Shirvanlu, directeur de Kanoon, l'Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes, il participe à la création de son département cinéma. Cette section deviendra l'un des studios les plus prestigieux d'Iran. Amir Naderi, Bahram Beyzaï, Dariush Mehrjui, Ebrahim Forouzesh, Jahar Panahi entre autres y ont travaillé. C'est dans ce cadre qu'Abbas Kiarostami réalise son premier court métrage Le pain et la rue, l'histoire d'un petit garçon avec du pain sous le bras, confronté à un chien errant. Il sera suivi, jusqu'en 1983, d'une quinzaine d'autres oeuvres de moins d'une heure. L'lnstitut produira la quasi-totalité de ses films, dont il assure également le scénario et souvent le montage.

Kiarostami réalise Le Passager, son premier long métrage en 1974. II y peint le monde d'un jeune garçon vivant dans une petite ville et qui n'a qu'un désir : se rendre à la capitale pour assister à un match de football avec son équipe favorite. Celui-ci met toute son énergie à satisfaire ce rêve, parvient à se rendre à la ville mais, fatigué, s'endort avant la partie et ne se réveille que lorsqu'elle est finie. Pour sa neuvième édition, le Festival International pour Enfants de Téhéran décernera son grand prix à ce film. Mais ce n'est qu'en 1977 que Kiarostami voit l'une de ses productions profiter d'une véritable sortie commerciale. Le Rapport présente la vie d'un cadre, de ses problèmes quotidiens au travail ou avec sa femme. Jusqu'au début des années 90, à Devoirs du soir et en pas­sant par Où est la maison de mon ami (87), son sujet de prédilection restera néanmoins le monde de l'enfance. Ce dernier film conte les aventures d'un garçon voulant ramener son cahier à un copain d'école pour lui éviter une sanction. Le cinéaste iranien qui s'interroge sur le système d'éducation d'un pays, sur la société et les adultes qu'il produit est, l'année suivante, récompensé pour la première fois en occident à Locarno. Ce festival présentera d'ailleurs en 1995, sa première grande rétrospective.
Les oeuvres de Kiarostami sont en partie marquées par un goût pour le travail avec des acteurs non professionnels et les tournages en décors naturels. II y a des enfants dans le cinéma de Kiarostami, mais aussi tout un milieu social dont il dresse un portrait d'une extrê­me précision. ainsi que des messages d'amour et d'amitié. Le réalisme, la poésie et un humour tchékovien et persan constituent d'au tres signes distinctifs de ses films. Ce qui frappe aussi le spectateur, c'est l'incroyable complexité d'un système qui affiche, en apparen­ce, la plus grande simplicité.

Avec Close-Up (90), écrit en quatre jours à partir de faits réels qui impliquent le réalisateur Mohsen Makhmalbaf, il affirme une profon­deur dans l'analyse du fonctionnement du cinéma lui-même. Le film joue en permanence avec le vrai et le faux. Une réflexion prolon­gée dans Et la vie continue (92) et Au travers des oliviers (94), qui profitera d'une diffusion mondiale, œuvres sur la nécessité d'organi­ser une fiction pour rendre compte du réel, sur "les mensonges destinés à produire une vérité encore plus grande". En 1997, il est distingué par la Palme d'or à Cannes pour Le goût de la cerise ainsi que par la médaille "Fellini" de l'Unesco. Le film se présente comme un conte philosophique dont le héros suicidaire est à la recherche d'un sens à sa vie. Sa présentation à Cannes ne sera possible qu'après de vives négociations avec les autorités iraniennes. Après coup, celles-ci n'apprécièrent guère le baiser de Catherine Deneuve lui remettant la Palme !

Son film suivant, Le vent nous emportera (99), est une production franco-iranienne placée sous le signe du grand poète et scientifique Omar Khayyam. On y voit un groupe d'étrangers arrivé dans un village du Kurdistan. Nul ne connaît les raisons qui ont motivé leur arrivée. Kiarostami attendra quatre ans le permis de projection en Iran, qu'il refusera car ses films sont voués à une stricte confidentialité en Iran : "Les autorités veulent prouver que ce type de cinéma n'a rien à voir avec le peuple iranien, qu'il est destiné aux festivals internationaux et récompensé pour des raisons politiques plutôt qu'artistiques" explique le réalisateur toujours résident de Téhéran. Son dernier film Ten (2002) se déroule intégralement dans l'habitacle d'une voiture. Au volant, une femme au foulard blanc et au visage souvent masqué par des lunettes fumées, véhicule successivement plusieurs passagers : de nombreuses femmes et son propre fils, unique figure masculine.
Abbas Kiarostami a par ailleurs écrit plusieurs scénarios pour d'autres cinéastes, notamment celui de La clé (86) d'Ibrahim Forouzesh. II a été membre du jury aux festivals de Locarno (1990), Cannes (1993), Venise (1995) et San Sebastian (1996).
Ses films contemplatifs, à l'intrigue tenue et au rythme lent lui ont taillé en quelques années une réputation internationale qui le classe parmi les plus grands auteurs contemporains.

 

 
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