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Le cinéma algérien à l'indépendance
Cinéma algérien : plan de navigation
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Alger, la ville |
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Par
Jean-Pierre Frey
Architecte-Sociologue
Professeur à l'Institut
d'Urbanisme de Paris,
Université Paris XII-Val
de Marne
3. 1966-1976 : La capitale d'une nation nouvelle
il faudra attendre 4 ans après l'indépendance pour que le cinéma algérien de fiction démarre et près de 10 ans pour que celui de la France renoue avec la mémoire enfouie de ce pays perdu, de l'Algérie comme lieu de perdition. Dès L'Aube des damnés d'Ahmed Rachedi (1965), plus peut-être qu'avec Le Vent des Aurès de Mohamed Lakhdar-Hamina (1966), le cinéma militant visera à façonner la conscience collective d'une nouvelle identité nationale. II dessine les voies d'une émancipation qui suit celle de l'exode rural en même temps qu'il dessine les grandes lignes des retombées d'une politique supposée socialisante, mais surtout centralisée, en faveur de la modernisation des campagnes et avec une campagne effrénée de plans d'aménagement.
Alger apparaît alors comme le lieu d'un pouvoir à conquérir, conquis ou, en fin de compte, devant faire l'objet d'une constante appropriation par la société civile. Alger aura toujours ses dangers et ses mauvais lieux, mais elle attirera irrésistiblement. Sorti en 1966 et longtemps interdit sur les écrans français, La Bataille d'Alger fut en somme une sorte de pavé dans les eaux dormantes de la mémoire. Tourné sur les lieux mêmes des combats, le film oppose la casbah à la ville européenne alors que dans L'Etranger de Luchino Visconti (1968), ce sont à l'inverse la plage et une part de l'insouciance de l'Algérie française que l'on retrouve avec la quotidienneté des milieux populaires de deux communautés qui cohabitent en s'ignorant largement avec une animosité contenue ou distraite, comme du reste aussi parfois avec une amitié et une empathie muettes. Mais ce sera surtout avec Tahia yâ Dîdoû, l'unique mais remarquable film de Mohamed Zinet (1971), qu'Alger acquiert ses lettres de noblesse d'après l'indépendance avec une oeuvre qui renoue avec une véritable esthétique et une poétique de la ville. Commandé par l'Assemblée Populaire Communale d'Alger, le film joue sur de multiples registres, qui sont autant de facettes d'une ville qu'on entend résolument faire entrer dans une ère nouvelle. Le port, abandonné au cri déchirant des pêcheurs et des mouettes, cède résolument le pas à l'aéroport de Dar-elBeida, nouvelle porte d'une ville éclairée au néon.
Dans L'Opium et le bâton d'Ahmed Rachedi (1969), Avoir vingt ans dons les Aurès de René Vautier (1972), Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar-Hamina (1974) ou bien encore Les Déracinés de Lamine Merbah (1976) et Barrières d'Ahmed Lallem (1977), qui reconsidèrent la période coloniale et la guerre de libération, ou bien encore dans Le Chorbonnier de Mohamed Bouamari (1972) et Vent du Sud de Mohamed Slim Riad (1975), qui commencent à rendre compte des effets à long terme de la guerre d'indépendance et des transformations sociales plus récentes, la ville apparaît toujours peu ou prou comme un territoire menaçant ou à conquérir. Elle apparaît surtout comme étrangère à une culture profondément sinon rurale, du moins devant l'essentiel d'elle-même à la terre. Exode rural, déracinement, déportation, déplacements forcés ou volontaires furent une lame de fond se soldant par une déterritorialisation de l'habitat et des populations. Mais ce sera le cinéma qu'on dira de l'exil et de l'immigration en France qui dévoilera le premier cette face cachée de l'urbanisation que sont les bidonvilles. Depuis Mektoub ? d'Ali Ghalem (1970), on prend le PLM à rebours jusqu'à Boulogne-Billancourt ou Nanterre-la-Folie, et l'on s'attache au décor des cités HLM, des ZUP et autres ZUHN des nouvelles marginalités urbaines.
C'est bien évidemment du côté de Bab-el-Oued que le timide mais génial Omar Gatlato de Merzak Allouache (1976) va mettre les pieds dans le plat du mal vivre algérois (et algérien). Prise entre une urbanité défaillante de l'espace public et l'univers clos d'une sexualité brimée dans l'espace domestique, la vie affective n'est pas à la hauteur des promesses de la grande ville. Obsédé sexuel que les phantasmes empêchent de se concentrer sur quelque travail que ce soit et que la libido travaille en permanence, le malheureux jeune mâle algérois drague comme il peut sans réel espoir de conclure en l'absence d'une voiture et d'un appartement à offrir à une insaisissable promise, qui se languit d'attendre. La libération sexuelle espérée bute en effet sur le ressac d'un environnement physique et social décalé ou oppressif. Comme dans La Nouba des femmes du Mont Chenoua d'Assia Djebbar, l'évasion devient synonyme de grand large, de rivages lointains, d'émigration, de fuite en avant. Et ce sont les femmes qui, les cheveux au vent, apparaissent porteuses d'avenir et de libération. Dans une ville qui accumule le célibat forcé et la sexualité brimée, les disparités sociales et des frustrations en tout genre ne peuvent cependant que s'accroître dangereusement...
Lire la suite: période 1976-1982

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